Compétences archaïques : Le jeûne

Compétences archaïques où se reconnecter à notre nature profonde.

Compétences archaïques où se reconnecter à notre nature profonde.

Les compétences archaïques ? Ce sont des aptitudes inscrites dans nos gènes, résultat de milliers d’années d’adaptation à des contextes pas toujours favorables. Nos ancien.es en connaissent encore certaines, mais n’osent plus nous les transmettre : obsolètes, décalées, trop basiques ? Oubliées, alors qu’elles jouent souvent un rôle décisif dans la santé et l’équilibre de vie. On peut citer le jeûne, l’hormèse, l’allaitement, les règles continentes, la thermorégulation. Pour qui s’intéresse à l’hygiène de vie low tech, elles méritent le détour. Pour faire suite au précédent numéro, nous allons commencer par la physiologie du jeûne : comment le corps s’adapte à l’arrêt des prises alimentaires.

Le jeûne s’appuie sur l’homéostasie sanguine du taux de glucose et du pH, qui doivent rester dans des fourchettes viables. Le foie, aidé des autres émonctoires, va adapter les flux nutritifs en fonction de ces taux. L’entrée dans le jeûne commence comme le jeûne nocturne, donc cette étape passe plutôt inaperçue, surtout si on a l’habitude de sauter un repas. Si on est tenaillé par la faim, on la coupe avec tisanes et boissons à volonté. Quand on a bien fait la descente alimentaire réalisée la semaine qui précède, la faim est réduite ; on atterrit en douceur dans le jeûne. Pour fonctionner, le corps compense le glucose consommé par les cellules en déstockant le glycogène stocké dans le foie : on dispose de 24h de stock. C’est le 1er carburant, celui de l’entrée.

Si le jeûne se poursuit, pour alimenter cerveau et muscle, le foie, véritable couteau suisse du corps, va se décongestionner en transformant ses propres protéines et graisses en glucose. Selon la taille de notre foie, on a entre 1 à 2 jours de stock. Cette phase génère du stress tant c’est inhabituel, car le corps ne comprend pas ce qui se passe. Ces bascules métaboliques activent des effets détox-stress : on veillera donc à boire beaucoup, pour drainer et éliminer maux de tête, frilosité, toux, nausées, insomnies… Si on a bien mené la descente alimentaire, ces désagréments peuvent être atténués, voire imperceptibles.

Pour de gros fumeurs ou de bons vivants qui ne ratent aucun excès, cette période peut être plus dense et durer plus longtemps. Pour tous, ce sont les 2 jours où on a juste envie de se cocooner dans les plaids. On fera quand même de petites randonnées, car le corps a besoin d’oxygène pour fabriquer du glucose. La respiration permet aussi d’éliminer le gaz carbonique de la détox acide, cela peut lever certains maux de tête.

Le jeûne persistant, pour protéger le foie, le corps va activer d’autres hormones pour déstocker les graisses disséminées dans tout l’organisme. On dispose en moyenne de 10 kilos de graisse et plus selon son poids : en utiliser 15 à 30% est possible. Plus on est en surpoids, plus on peut jeûner longtemps ou fréquemment, mais en se supplémentant, car on a peu de nutriment en supprimant les repas. Le foie va transformer ces graisses en corps cétoniques, les mêmes que dans les régimes cétogènes sans les inconvénients. Les corps cétoniques, 3ème carburant corporel, vont directement alimenter les cellules en glucose. Cette transformation étant plus légère que les précédentes, plus simple que la digestion, le stock étant abondant, on entre dans la phase zen du jeûne : retour d’énergie, joie et clarté d’esprit. On va donc pouvoir renforcer les randonnées et profiter de ces belles journées incroyablement longues et douces.

Pratiqué régulièrement, souvent 2 fois par an, on procède ainsi à un véritable « nettoyage de printemps » corporel. Cela améliore l’espérance de vie en bonne santé, la longévité et l’autonomie en santé, comme l’empreinte écologique : moins, c’est mieux.

Cette pause est surtout une belle opportunité pour changer ses habitudes alimentaires, procéder à certains sevrages, comme celui du sucre, de la viande ou du tabac et repartir sur des bases plus légères en découvrant de nouvelles pratiques telle que la lactofermentation.

La reprise alimentaire est clé pour relancer le transit en toute sécurité et retrouver un confort intestinal. C’est surtout un beau moment de redécouverte de chaque aliment, un à un, comme un retour aux sources pour des papilles ravivées : la fraicheur de l’enfance ?

La levée du jeûne est aussi une reconnexion à soi et à la nature, on se repositionne dans sa façon d’être au monde, immergé.e dans la nature par la variété végétale, aliment cru ou juste blanchi à la vapeur. Quand la reprise est bien menée, les bienfaits du jeûne perdurent 3 à 6 mois.

Si jeûner est inné et très agréable, cet état particulier comporte quelques risques et contre-indications. C’est pourquoi, il est bon de commencer en le faisant dans des centres accompagnés comme ceux de la Fédération Francophone Jeûne et Randonnée, FFJR, pour en acquérir les principes : apprendre à se connaitre en état de jeûne et être soutenu par la dynamique collective, qui rend la découverte du jeûne plus facile par l’empathie et le partage d’expérience. On profite ainsi de belles vacances actives, conviviales et bienfaisantes à la découverte de nos paysages aux 4 coins de la France.

Hélène CARENTZ – Guide Jeûne&Randonnées

Article publié dans le magazine Label Bonifiant des KERTERRE